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Comment Mauritius Leaks a permis de découvrir un autre trafic : celui de navires pollués envoyés à la casse

Comment Mauritius Leaks a permis de découvrir un autre trafic : celui de navires pollués envoyés à la casse

Les documents rendus publics par le Consortium International de Journalistes d’Investigation sont toujours en train d’être décortiqués par des spécialistes. Finance Uncovered, un groupe de chercheurs au Royaume Uni,  s’est intéressé à une firme basée dans notre secteur offshore, Viking Storage Solutions qui n’est en fait qu’une subsidiaire de CEPSA, le géant espagnol de l’énergie. Les enquêteurs ont pu découvrir comment ce dernier se débarrasse de ses vieux pétroliers. Ce n’est pas bien joli, joli.

Toujours dans leur souci de minimiser les coûts et maximiser les revenus, les grandes multinationales ne sont jamais à court d’idées. Un de leurs gros problèmes est comment se débarrasser de leurs vieux pétroliers sans violer les règles sévères imposées par  la  Convention 2009 de Hong Kong pour le recyclage sécurisé de navires et autres lois et règlements internationaux et domestiques. Au lieu d’envoyer ces vieux pétroliers en fin de vie en Europe ou même en Chine pour le démantèlement de ces tonnes d’acier par un processus respectueux de la santé des ouvriers et de l’environnement, CEPSA a utilisé  sa subsidiaire mauricienne pour vendre  le navire ‘Coastal Energy Resolution’, un mastodonte de 40,000 tonnes à vide, à la société Conquistador Shipping Corporation  basée elle-aussi dans un paradis fiscal, au St Kitts and Nevis. Le prix : 3 millions de dollars. C’est quand même un bon prix pour ce tas de ferraille. C’est justement en passant par Conquistador et un GMS, un autre géant de la démolition, que CEPSA a pu obtenir ce prix.

Et si ces derniers, eux, ont pu offrir ce prix, c’est parce que le navire est envoyé à la casse dans des contrées où ni la protection de l’environnement, ni celle des travailleurs n’arrivent  en tête des préoccupations des dirigeants de ces pays dont le Pakistan, le Bangladesh et l’Inde. Ainsi, ce vieux pétrolier a été débarqué à Gadani,  une belle plage dans le sud du Pakistan qui ferait rêver nos bâtisseurs d’hôtels, et la casse a pu commencer. C’était en 2016 et l’année suivante, un autre navire transportant du gaz a été envoyé pour être démantelé. Mais durant les travaux, le navire  a explosé, causant la mort de 28 ouvriers et brûlant grièvement 58 autres. Selon une étude, plus de 300 vies humaines ont été perdues sur ces chantiers de la mort de l’Asie durant ces 10 dernières années. Et on ne connait pas le nombre de victimes indirectes, qu’ils soient ouvriers ou riverains, de ces navires qui contiennent de grandes quantités de matériaux hautement toxiques comme l’amiante, le PCB, l’arsenic et le mercure. Les dégâts à l’environnement sont encore plus désastreux.  Comme le dit le Docteur Irfan Khan de l’International Islamic University d’Islamabad, ‘ Si je dois garder ma cour propre, ce n’est pas en vidant mes ordures chez mes voisins’.

C’est ce qui pourtant est en train d’être fait grâce aux bons services de nos compagnies offshore.

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