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Les enfants abandonnés

Dans l’émission bébé zone du 03/04/2017, Pamela Patten accueille Monsieur Dhoree Rattan, un « child welfare officer » à la « Child Development Unit » (CDU).

 Pamela Patten nous dit que c’est triste de constater que des parents n’arrivent pas à avoir d’enfants et qu'il y en a d’autres qui les abandonnent.

  • Alors justement pour quelle raison ces parents abandonnent-ils leurs enfants ?

Premièrement on n’a pas le droit d’abandonner un enfant. Mais avant de se pencher sur le sujet, il serait bien que la population connaissent les statistiques du nombre d’enfants abandonnés à Maurice ; on peut même constater que depuis janvier de cette année, c’est devenu une mode, car en 2015 par exemple nous avions 43 cas, puis en 2016 ce nombre est passé à 79 cas et les dernières statistiques janvier de cette année il y a déjà 11 cas et en février six autres ! Je voudrais faire ressortir que la loi ne permet pas à un parent d’abandonner son enfant, car si on regarde la Child Protection Act, section 13 il est dit ceci : « Si une personne est trouvé coupable d’avoir abandonné son enfant, elle devra payer une amende ne dépassant pas Rs500,000 en sus d’une peine d’emprisonnement ne dépassant pas dix ans. Et comme vous le savez peut-être le « children bill » sera en vigueur bientôt donc plus sévère, alors ne pensez même pas à abandonner un enfant.

  • Comment cela se passe quand un enfant abandonné est retrouvé par la CDU 

Exactement, d’abord la sécurité et la santé de l’enfant. Quand la CDU récupère un enfant abandonné, on l’emmène à l’hôpital, puis au commissariat de police et ensuite on le met dans un abris pour enfants, comme le « SOS Village » ou « Terre de Paix ». Il y a aujourd’hui 544 enfants dans les abris pour enfants et nous essayons de les placer au sein d’une famille d’accueil.

  • Pensez-vous que ces enfants voudront rejoindre une famille après avoir été abandonnés ?

Quand je vais rendre visite aux enfants dans les refuges, ce n’est jamais facile, même cet enfant qui a subi des attouchements sexuels de son beau-père, quand il me voit, il me prend dans ses bras  et me demande : « quand je vais rentrer chez moi ? » car un enfant ne cherche que de l’amour, l’affection, cet environnement familial et une vraie maison et non pas un refuge. Et notre honorable ministre madame Fazila Daureeawoo met l’accent sur le fait qu’un enfant doit avoir une famille car on sait que pour le bon développement d’un enfant, il doit être au sein d’une famille. Oui c’est vrai qu’on a recours à des refuges pour enfants mais si c’est possible on s’assure que des membres de la famille de lui puissent s’occuper de l’enfant et aient aussi un projet de famille d’accueil.

  • Comment la CDU procède quand on linforme quil y a un enfant abandonné ?

La plupart du temps on reçoit un appel anonyme, d’ailleurs continuez à nous appeler sur le 113, quand on a un cas pareil, on va sur les lieux, accompagné par la police ou par nos collègues de la  Brigade des mineurs, et on amène l’enfant au commissariat le plus proche pour faire une déposition, puis un docteur fera un bilan de santé de l’enfant à l’hôpital et finalement il ira dans un abri pour enfants. Bien sûr l’enquête continuera, nous au niveau de la CDU, nous nous occupons du « welfare », le bien-être des enfants, mais au niveau de l’enquête, ce sont les policiers qui s’en chargent.

  • Généralement quelle sont les personnes qui abandonnent leur enfants ?

C’est très varié, on ne peut pas dire qu’il y a une seule catégorie de personnes qui abandonnent leurs enfants. Il y a beaucoup de prétextes, comme par exemple un des parents qui dit que l’autre ne prend pas ses responsabilités, mais on peut aider ces personnes en les référant à des institutions comme la Cour suprême, la sécurité sociale et bien sûr on appelle le parent concerné pour lui parler et trouver ensemble une solution.

  • Que se passera-t-il si les parents qui ont abandonné leur enfant regrettent et veulent le récupérer ?

Vous savez quand on prend un enfant et qu’on le place d’un un abri, il y a une procédure à suivre et des lois à respecter, surtout dans une cour de justice. Donc l’enfant est protégé par l’ordre de cette instance et c’est le magistrat qui décidera si les parents biologiques peuvent récupérer leur enfant.

  • Est-ce possible quun autre parent vienne chercher lenfant ?

Oui, on a déjà eu un cas dans le passé, ou il y avait une maman qui avait abandonné son enfant et c’est la grand-mère qui a eu la garde de l’enfant après l’enquête  et la maman a été condamnée.

  • Cela se peut quune personne abandonne un enfant, puis récidive ?

Il y a eu qu’un seul cas comme ça, une maman a abandonné son enfant dans la cour de Rose-Hill. Ce faisant elle a ensuite laissé seule sa fille de 7 ans chez elle, sans surveillance.

  • Mais si personne ne vient réclamer lenfant, est-ce quil reste seul dans un abri pour enfant?

L’abris pour enfants n’est qu’un endroit temporaire, soit un membre de la famille vient faire une demande et on se tourne vers le judiciaire pour les démarches nécessaires ou il y a le projet de famille d’accueil et la « help line » est le 187, opérationnel seulement de 9h à 16h, pendant les jours de semaines, le bureau se trouve à Phoenix où on peut avoir tous les renseignements, pour les parents qui sont intéressé à accueillir ces enfants en difficulté chez eux. Les parents d’adoption reçoivent de l’état Rs5 250 mensuellement. Il y a toujours des gens qui viennent seulement pour bénéficier de cet argent, mais heureusement, nous avons un comité qui étudie leur demande pour savoir s’ils sont des parents d’adoption fiables. Et là nous sommes aidés par des psychologues qui iront souvent voir ces parents et l’enfant.

  • Et pour le choix  des parents dadoption, donnez-vous la priorité aux parents qui nont pas denfants ?  

Non, ce n’est pas une question de priorité, c’est l’enfant d’abord, c’est-à-dire qu’on privilégiera là où l’enfant sera pris en considération. Les parents qui viennent pour une adoption, mettent dans le formulaire, « l’âge de l’enfant, le sexe, la religion, entre autres » .

  • Est-ce que la famille daccueil peut-elle adopter lenfant ?

Il faut faire la différence entre une famille d’accueil et une adoption. Selon la loi, une famille d’accueil peut prendre en charge un enfant pendant deux ans mais après cette période, elle peut faire une demande d’adoption, si tout s’est bien passé entre temps et c’est au niveau du juge de la cour suprême de décider.

  • Comment réagit lenfant, à lidée quil sest fait abandonner quand il est en âge de comprendre ?

Il est bon de savoir qu’un enfant dans une famille d’accueil doit visiter ses parents biologiques, sauf s’ils refusent. Et la famille d’accueil est là pour intégrer l’enfant dans sa famille biologique. Il faut aussi savoir que quelquefois les parents biologiques font plus d’efforts pour récupérer leur enfant quand ils apprennent qu’il est entré dans une famille d’accueil, car ils se rendent à l’évidence que leur enfant pourra sûrement adopter. Ils vont arrêter de prendre de l’alcool, ils vont changer d’environnement et feront tout pour devenir des personnes responsables. Bien au contraire, ils ne feront aucun effort s’ils savent que leur enfant est dans un abri pour enfant.

  • Y a-t-il des changements positifs quand les enfants sont chez les familles daccueil ?  

Oui, c’est un projet formidable, et je félicite ces familles d’accueil car elles font du bon travail. Grâce à eux, l’adaptation se passe bien pour beaucoup d’enfants car dans le long terme, survient un attachement qui s’installe entre les parents et l’enfant et les enfants se sentent beaucoup mieux. Ainsi donc, ces enfants reçoivent de l’amour, une maison mais surtout un environnement familiale.

  • Selon vous, pourquoi y a-t-il une hausse de cette attitude dabandonner des enfants ?

Il y a plusieurs raisons à cela, mais les deux raisons les plus communes sont la pauvreté et les problèmes de couple. Pour les problèmes de couple, il y avait un cas très grave où la mère avait abandonné son enfant devant la porte de son papa, car il ne voulait pas prendre ses responsabilités. Si un des partenaires ne prend pas ses responsabilités, il ne faut pas prendre ce genre de décision qui met en péril la vie d’un innocent, il y a des institutions qui peuvent aider à résoudre ces problèmes, comme la CDU et la Brigade des mineurs.

  • Est-ce que ce sont davantage les filles qui se font abandonner par rapport aux garçons, et quel âge ont-ils dhabitude ?

Il y a autant de filles que de garçons qui sont abandonnés. En ce qui concerne l’age des enfants, c’est souvent des enfants en bas âge allant jusqu’à cinq ans.

  • Y a-t-il souvent des cas où des parents sont trop jeunes pour s’occuper de leurs enfants ou existe-t-il cette situation où des parents ne veulent pas de leur bébé?

 Il y a beaucoup de cas de « teenage mothers », qui ne savent pas quoi faire de l’enfant, car ils sont eux-mêmes des enfants. Nous avons un programme qui s’appelle « Telepartage parents » qui conseille les parents comment élever leurs enfants , et c’est important car si on n’est pas bien préparés, il y aura forcément des problèmes et celui qui en fera les frais c’est un enfant innocent. Alors si jamais il y a un problème de couple, encore une fois, nous avons un hotline le 119, la « Family unit » où vous pouvez avoir des conseils pour arranger les choses.

  • Les enfants abandonnés, vont-ils à l’école et si oui, doivent-ils retourner à labri pour enfants après ?

Oui, ces enfants sont très bien encadrés : ils vont à l’école, reçoivent des visites de leurs parents biologiques, se rendent en excursions, ont des « caretakers » qui s’occupent bien d’eux, des psychologues qui les suivent et des officiers comme moi de la CDU qui vont les voir à l’abri pour passer le temps avec eux. Mais encore une fois, la place d’un enfant n’est pas dans un abri pour enfants, mais dans une maison avec une famille aimante.

Il doit y avoir quand même une grande tristesse qui règne dans labri pour enfants, malgré toutes ces facilités ?

Oui, quand je vais dans l’abri pour enfants, et que les enfants me font des câlins et me disent qu’ils veulent rentrer chez eux, et cela malgré les attouchements, les sévices et malgré le fait qu’ils ont été abandonné, c’est triste et vraiment dure de voir autant de courage et de tristesse chez eux.

  • Et cela doit être pire quand cest la période de fêtes, comme Noël ?

C’est bien vrai, je me souviens d’un enfant en particulier à qui j’ai parlé pour la Noël, je lui ai dit : « Tu as, vu ce que le père Noël t’a donné ? » et il m’a répondu « Non, pour moi le père noël c’est ma maman et mon papa ! » vous rendez vous compte ? Ce n’est pas facile, c’est tellement triste, aucun enfant ne devrait être dans un cas pareil !

  • Cela se peut que plusieurs enfants de la même famille se retrouvent dans le même abris pour enfants ?

Oui, nous avons deux ou trois enfants de la même famille dans un abris. Et aussije félicite les familles d’accueil qui prennent des enfants en ne séparant pas les frères et sœurs car ils connaissent l’importance de la famille.

Cela doit être dur de s’adapter à force de bouger de leur famille d’origine à l’abri, puis dans une famille d’accueil ?

Effectivement, cela les perturbe et peut même être un peu traumatisant pour ces enfants, mais encore une fois, heureusement, on a des experts comme des psychologues qui font un travail formidable en les préparant à affronter ces épreuves et leur faire comprendre que ça ira mieux après, que leur vie ne fait que commencer et que cela ne pourra qu’aller mieux.

  • Et que se passe-t-il si lenfant ou la famille ne parviennent pas à sadapter ?

C’est rare, mais c’est possible et si c’est le cas l’enfant retournera dans l’abris ou si la situation dans sa famille biologique s’est améliorée, il pourra rentrer chez lui avec bien sûr l’accord d’un juge ou chez des parents proches.

  • Comment procèdent les parents pour abandonner leur enfants ?

C’est une chose calculée d’avance car ils veulent abandonner leurs enfants sans avoir de problèmes d’ordre légal, tout en étant conscient des conséquences de leur acte. Souvent ils veulent abandonner leurs enfants pour ces derniers se sentent bien et soient à l’abri tout en n’ayant pas de problèmes avec la loi. Mais je tiens à le redire, la lois est très sévère en ce qui concerne cela et dans un avenir proche, avec le « children bill » la loi le sera encore plus.

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